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Préface de Guy-Michel Cogné - rédacteur en chef de Photofan/Chasseur d'images
Extrait du numéro PHOTOFAN 21


Qui sont vraiment les voleurs d'images ?

Les photographes sont souvent assimilés à des voleurs d'images : on s'en protège, on s'en défend et, quand enfin on se prête à leurs objectifs, c'est toujours avec une certaine méfiance qui résulte du fait qu'on ne sait pas ce que sera la photo qui vient d'être... "prise". Est-on à son avantage ? Qu'en fera l'auteur ? A qui va-t-il la montrer ? Pour bien des gens, se laisser photographier, c'est laisser partir un peu de soi-même avec, toujours, la crainte de ne plus maîtriser le devenir de ce souvenir.
Le cliché du paparazzi "voleur d'images" colle tellement à notre activité que les photographes ont fini par l'admettre, comme une fatalité. Et ce n'est que récemment que j'ai pris conscience du fait que, souvent, nous sommes d'abord des "volés d'images".

A force de me promener avec mon matériel, j'ai fini par me faire repérer comme étant "le" photographe. Régulièrement, je vois donc des gens fondre sur moi et me demander, tel un dû, "Tu m'enverras tes photos?", "On pourra avoir un CD ?", "Tu me passes ta carte, que je la recopie sur mon ordi ?". Quand ce ne sont pas des messages comminatoires, genre "J'attends tes photos d'hier, quand comptes-tu me les envoyer ?".

Dans l'esprit du public, photographier est un acte banal. Nos photos semblent avoir si peu de valeur qu'il est normal de les donner. Personne ne songerait à s'emparer de la toile qu'un peintre vient de terminer, mais on trouve logique d'arracher ses images à un photographe avant même qu'il ait pu les voir, les travailler, les terminer.

J'avoue que ces gens qui demandent mes photos alors qu'ils n'ont pas eu le courage de sortir leur propre appareil m'énervent un peu. Mais plus encore ceux qui ne conçoivent pas que je puisse prétendre les retoucher et les vérifier avant, éventuellement, de les donner !

Il y a une forme d'irrespect dans le fait de laisser entendre à un auteur que ses clichés ne valent pas plus qu'une... photocopie ! Si on y regarde bien, cet irrespect est permanent. Ne vous est-il jamais arrivé, au moment où vous montrer vos images, d'entendre ce faux compliment qui sonne comme une insulte :"Elles sont belles tes photos, tu les avais faites avec quel appareil ?"
La prochaine fois qu'on vous fait cet affront, répondez du tac au tac : "Avec le même appareil que toi... mais avec mes yeux".